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Voici le résumé du livre fait par le logiciel "Summarizer"
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Concepts:
coeur, amour, soleil, vie, esprit, profonde,
dieu, lèvres, silences, navire, Orphalese, vous-mêmes, vérité, vents, âme.
Énoncés:
élu et le bien-aimé Almustafa, qui était
l'aurore illuminant ses propres jours, avait attendu douze ans dans la cité
d'Orphalese le retour de son navire, lequel devait le ramener en son île
natale.
Au cours de la douzième année, au septième jour de l'Ielool, le
temps de la moisson, il gravit la colline et par-dessus les remparts, alors
qu'il scrutait l'horizon, il aperçut son navire approcher avec la
brume.
Aussitôt les portes de son coeur s'ouvrirent avec force et sa joie
se précipita pardelà les mers.
Puis, fermant les yeux, il se recueillit
dans les silences de son âme.
Comment pourrais-je m'en aller avec calme
et sans regret?
Non, ce n'est point sans une profonde blessure au coeur
que je devrai faire mes adieux à cette cité.
J'ai passé entre ces murs de
trop longues journées de douleur et de trop longues nuits de
solitude.
Lorsqu'arrive le moment de se libérer de la souffrance et de la
solitude, comment le faire sans regret?
J'ai laissé trop de mon âme au
détour de chacune de ces rues comme mille images dispersées de ma mémoire et mon
attente s'est communiquée; d'elle a essaimé cette multitude d'enfants nus qui
errent de-ci de-là dans les collines et que je ne saurais quitter sans que m'en
pèse la douleur.
Ce n'est pas une couronne que je pourrais rejeter du
jour au lendemain, c'est une peau qu'il me faut déchirer de mes propres
mains.
Ce n'est pas quelques souvenirs que je laisse derrière moi, mais
un coeur que ta faim et la soif ont adouci.
Cependant je ne peux différer
mes adieux plus longtemps.
La mer qui rappelle toute chose me réclame et
je dois prendre le large.
Car séjourner ici encore, malgré les heures
brûlantes de la nuit, c'est transir et devenir de glace et s'enfermer dans un
moule.
Il y a tant de choses ici que j'emporterais volontiers avec
moi.
La voix ne peut emporter dans son envol la langue et les lèvres qui
lui ont donné des ailes.
C'est seule qu'elle doit s'élancer dans
l'éther.
Et ce sera seul et sans emporter son nid, que l'aigle prendra
son envol à la face du soleil.
Comme il redescendait la colline, il se
retourna encore une fois vers la mer.
C'est alors qu'il reconnut les
marins sur la proue du bateau qui approchait du port.
C'était les hommes
de son pays.
Vous qui tant de fois avez navigué dans mes rêves, vous êtes
maintenant venus jusqu'à cette heure de ma métamorphose, qui sera de tous mes
songes, le plus profond.
Je suis prêt, et toutes voiles dehors, mon désir
ardent n'attend que le vent.
Et je me tiendrai parmi vous, debout comme
un marin parmi les marins.
Et je serai à toi, telle une goutte éperdue
rejoignant l'océan sans entraves.
Comme il marchait, il vit que des
hommes et des femmes quittaient en grand nombre champs et vergers depuis les
terres les plus lointaines, et se hâtaient aussi vers les portes de la
cité.
Et il les entendit évoquer son nom et se héler d'un champ à l'autre
pour annoncer la venue du vaisseau.
Lorsqu'il entra finalement dans la
cité, tout le peuple vint à sa rencontre et tous l'imploraient de tout leur
coeur comme d'une seule voix.
Tu as été un déferlement de soleil dans
notre crépuscule et ta jeunesse nous a comblés de rêves à
rêver.
Maintenant notre amour te réclame et veut se dévoiler devant
toi.
Elle l'interpella alors en lui disant: Prophète de Dieu, en quête
d'apogée, longtemps tu as scruté l'horizon dans l'espoir d'y apercevoir ton
vaisseau.
Combien brûlant doit être ton désir de rejoindre la terre de
tes souvenirs, où résident depuis toujours tes plus grands espoirs; et si grand
que soit notre amour, il ne voudrait pas te retarder ni nos besoins te
retenir.
Dans ta profonde solitude tu as veillé au coeur de nos jours, et
dans ta veille lumineuse tu nous entendais pleurer et rire dans notre
sommeil.
Enfin, vous endormir avec en votre coeur une prière pour l'être
aimé et sur vos lèvres un chant de louanges.
Et il répondit: lors un
homme riche dit: Parle-nous du Don.
Vous donnez peu lorsque vous donnez
de vos biens.
C'est lorsque vous donnez de vous-mêmes que vous donnez
vraiment.
Que sont vos biens sinon des choses que vous gardez jalousement
dans la crainte d'en avoir besoin plus tard?
De quel profit aura été la
prudence du chien, enterrant si profondément ses os dans le sable alors qu'il
suit les pèlerins vers la ville sainte, qu'il ne peut les retrouver?
La
peur de connaître le besoin n'est-elle pas le besoin lui-même?
Et la
crainte de la soif, alors même que votre puits est plein, n'est-elle pas
justement la soif qui ne peut être apaisée?
Il y a ceux qui donnent peu
alors qu'ils sont dans l'abondance, et qui, lorsqu'ils donnent, le font pour
gagner quelque crédit dans l'esprit d'autrui; et leurs motifs inavoués achèvent
de rendre leurs dons douteux.
Et il y a ceux qui ont peu, mais qui
donnent tout.
Ceux-là croient en la vie et dans la générosité de la vie,
c'est pourquoi leur coffre n'est jamais vide.
Ils donnent comme la
toute-épice, là-bas, dans la vallée, répand son parfum à l'entour.
Tout
ce que vous possédez un jour sera donné; Donnez donc maintenant afin que votre
heure de générosité soit et que ce ne soit celle de vos héritiers.
Vous
dites volontiers: "Je veux bien donner, mais seulement à ceux qui le
méritent.
Ce n'est pas ce que disent les arbres de vos vergers ni les
troupeaux de vos pâturages.
Au contraire, considérez ces dons comme des
ailes avec lesquelles vous pourrez vous élever avec celui qui donne.
Car
si vous vous sentez par trop endettés, vous finirez par douter d'une générosité
qui a la terre inépuisable pour mère, et Dieu pour père.
Si seulement
vous pouviez vivre du parfum de la terre et, comme la plante, vous contenter de
lumière.
Lorsque vous tuez une bête, dites-lui dans votre coeur: " Par
cette même loi inexorable qui t'abat, je serai moi aussi abattu et
consommé.
Quand l'hiver venu vous boirez de ce vin, ayez une chanson au
coeur pour chaque coupe que vous en aurez tiré.
Et qu'il y ait dans votre
chanson une pensée pour les jours d'automne, pour la vigne et pour le
pressoir.
Vous avez toujours entendu dire que le travail était une
malédiction et le labeur une misère.
Mais je vous dis maintenant: lorsque
vous travaillez, vous accomplissez en partie le plus vieux rêve de la terre dont
vous êtes devenus les dépositaires aussitôt que ce rêve advint.
Mais si,
dans un moment de désarroi, vous voyez dans votre naissance une affliction et
dans la nécessité d'assurer votre subsistance, une malédiction dont vous portez
la marque sur le front, alors je vous dirais: seule la sueur de votre front
saura en effacer la marque infamante.
Vous avez également entendu dire
que la vie n'est que ténèbres et dans votre lassitude, vous ne pouvez que
répéter ce que disent les éreintés.
Lorsque vous travaillez avec amour,
vous resserrez vos liens envers vousmêmes, envers les autres et envers
Dieu.
La tristesse devient une joie lorsqu'on la connaît
mieux.
Plus profonde est la blessure laissée par les chagrins, d'autant
elle pourra contenir la joie.
Quand vous éprouvez la joie, sondez votre
coeur; il vous apparaîtra que seul ce qui vous a procuré du chagrin peut
maintenant vous procurer de la joie.
Et quand vous êtes plongés dans le
chagrin, sondez à nouveau votre coeur et vous verrez qu'en vérité vous regrettez
ce qui faisait votre bonheur.
Certains d'entre vous disent volontiers: "
La joie est sans limite et plus grande que la tristesse.
Bâtissez d'abord
en imagination un berceau de verdure au coeur de la forêt avant de vous ériger
une maison dans l'enceinte de la ville.
Par le rêve, ne lui arrive-t-il
pas de quitter la ville pour se perdre dans les broussailles et se hisser au
sommet des collines?
Il faudra attendre quelque temps avant que les murs
de la ville cessent de séparer vos champs de la chaleur de vos
foyers.
Vous n'accepterez pas de vous laisser rogner les ailes pour en
franchir la porte, ni de courber la tête de crainte de ne heurter le plafond, ni
de retenir votre souffle de peur que les murs ne se rendent et ne
s'écroulent.
Et il répondit: e tisserand dit: Parle-nous des
Vêtements.
Vos vêtements ne font que tenir votre beauté à l'abri des
regards, mais ils ne cachent pas ce qui est disgracieux.
En cherchant par
vos vêtements à ménager autour de vous un espace d'intimité, vous risquez de
vous enfermer dans un carcan et de vous enchaîner.
Puissiez-vous vous
dépouiller davantage pour aller au-devant du soleil et du vent.
Car le
souffle de la vie est dans les rayons du soleil et la main de la vie est dans le
vent.
Certains d'entre vous disent: " C'est le vent du Nord qui a tissé
les vêtements que nous portons.
Et son ouvrage fini, il éclata de rire au
fond des forêts.
N'oubliez pas qu'il n'est de meilleur bouclier contre
les yeux concupiscents que la pudeur elle-même.
Et lorsqu'il n'y aura
plus de concupiscence, la pudeur n'apparaîtra-t-elle pas comme une entrave et
une souillure de l'esprit?
N'oubliez pas que la terre aime sentir vos
pieds nus et que les vents font leur délice de jouer avec vos
cheveux.
t'un marchand dit: Parle-nous de l'Achat et de la
Vente.
C'est en faisant commerce des dons de la terre que vous trouverez
l'abondance.
Cependant, si ces échanges ne se font pas dans un esprit
d'amour et de justice ils pourront entraîner la jalousie et
l'indigence.
Et si vous voyez arriver des chanteurs et des danseurs et
des joueurs de flûte, achetez aussi ce qu'ils ont à vous offrir.
Et,
quand le moment vient de vous séparer sur la place du marché, Veillez à ce que
nul ne reparte les mains vides.
Car le maître esprit de la terre ne
trouvera de repos et ne se laissera porter par les vents, tant que les besoins
du dernier d'entre vous n'auront été satisfaits.
C'est lorsque votre
esprit se laisse errer au gré des vents et lorsque vous êtes seuls et laissés à
vous-mêmes, que vous commettez des fautes envers les autres et par le fait même
envers vous-mêmes.
Et comme l'éther il ne soulève que ceux qui ont des
ailes.
Ceci dit, c'est de l'homme en vous que j'aimerais vous
entretenir.
Car c'est bien lui et non pas votre moi-divin ou encore le
gnome égaré dans les brouillards, qui sera confronté au crime et son
châtiment.
Car à la face du soleil ils sont comme les fils noirs et les
fils blancs dans un même tissu.
Et lorsque le fil noir se rompt, le
tisserand vérifie tout le tissu, et il examine aussi le métier.
Qu'il
mette aussi le coeur du mari sur le plateau de la balance et mesure son âme à la
sienne.
Et demandez à celui qui veut châtier l'offenseur d'examiner
l'esprit de l'offensé.
Comme des enfants construisent des châteaux de
sable au bord de la mer pendant des heures pour ensuite les détruire avec de
grands éclats de rire.
Ils ne voient que leurs ombres, et ils ont fait de
celles-ci leurs lois.
Oui, dans les jardins du temple et sous les murs de
la citadelle, j'ai vu le plus libre d'entre vous porter sa liberté comme un joug
et des bracelets de fer.
Et j'ai senti que mon coeur saignait, car vous
ne serez vraiment libres que lorsque le désir d'être libre deviendra pour vous
une entrave, et lorsque vous cesserez de parler de la liberté comme d'un but et
d'une consécration.
S'il vous apparaît que c'est en renversant le despote
que vous serez libres, assurez vous d'abord de détruire le trône que vous lui
avez érigé dans votre c~ur.
Car comment un tyran peut-il imposer sa loi à
des êtres libres et fiers s'il n'existe pas une tyrannie au coeur de leur
liberté et une honte au coeur de leur fierté?
Votre âme est souvent le
théâtre de combats où la raison et le jugement s'opposent à vos passions et à
vos appétits.
Bien entendu, vous veillerez à ne pas considérer davantage
un invité qu'un autre, car prodiguer plus d'honneurs à l'un d'eux, c'est à coup
sûr perdre l'amour et la confiance des deux.
Réfugiés dans les collines,
à l'ombre fraîche des trembles, alors que monte en vous la paix et la sérénité
des champs et des prairies qui s'étendent alentour, laissez votre coeur dire
dans son silence: "La raison est la demeure de Dieu.
Ses forêts, il vous
appartient aussi d'assurer votre repos dans la raison et de tout entreprendre
avec passion.
ne femme parla, disant, qu'est-ce que la
Douleur?
Les souffrances sont les déchirures par lesquelles les germes de
votre compréhension percent leur enveloppe.
Et tout comme il faut
inévitablement que le noyau du fruit se casse pour que le coeur puisse mûrir au
soleil, ainsi devez-vous connaître la douleur.
Vous saurez vous soumettre
sans difficulté aux saisons du coeur, comme on règle sa vie sur le passage des
saisons.
Et vous resterez alertes et sereins aux hivers de votre
tristesse.
Vos souffrances sont en grande partie infligées par
vous-mêmes.
Elles sont ce remède amer par lequel le médecin qui est en
vous soigne le malade en vous.
Aussi accordez votre confiance à ce
médecin, et buvez son remède en toute quiétude et sans vous plaindre: bien
qu'elle vous paraisse brutale et sans ménagement, sa main est guidée par la main
bienveillante de l'Invisible.
Et si elle brûle vos lèvres, la coupe qu'il
vous tend, n'en a pas moins été façonnée par le Potier lui-même, d'une argile
détrempée de Ses larmes sacrées.
t'un homme dit: Parle-nous de la
Connaissance de soi.
Vos coeurs contemplent en silence les secrets du
jour et de la nuit.
Mais vos oreilles languissent de s'emparer de cette
connaissance du coeur.
Vous voudriez cerner avec des mots ce que vous
avez toujours pressenti par la pensée.
Et sans doute voulez-vous aussi
toucher du doigt le corps nu de vos songes.
Il est aussi bien que ce soit
ainsi.
La source profonde de votre âme doit jaillir et ruisseler
sourdement vers la mer.
Les trésors de vos profondeurs abyssales
étincelleront dès lors dans votre regard.
Ce n'est pas avec la perche ou
la sonde que vous connaîtrez la profondeur de votre savoir.
Car votre
être est une mer immense.
Ne dites pas: "J'ai trouvé la vérité ", mais
plutôt, "J'ai trouvé une vérité.
Ne dites pas: "J'ai trouvé la voie
unique de l'âme ", Dites plutôt: "Je me suis découvert à l'âme dans mon
cheminement.
Car l'âme chemine par tous les sentiers.
L'âme
n'avance pas sur les grand-routes bien tracées; elle ne pousse pas aveuglément
comme le roseau.
L'âme s'ouvre à sa propre déhiscence comme un lotus aux
innombrables pétales.
Nul homme ne peut vous révéler ce qui n'était déjà
en éveil dans l'aube où vous parvenez par vous-mêmes à la
connaissance.
Le maître qui chemine dans l'ombre prestigieuse d'un
temple, avec une suite de disciples, ne nous donne pas de sa sagesse, mais
plutôt de sa foi et de son amour.
L'astronome saura mieux vous parler des
grands espaces, qu'il en aura une plus grande compréhension, mais il ne pourra
vous donner cette compréhension.
Le musicien peut faire pressentir par
son chant les résonances profondes de l'univers, mais il ne peut vous donner
l'oreille qui les entendra, ni la voix qui s'en fera l'écho.
Car en
amitié, les pensées, les désirs et les attentes sont donnés et partagés sans
paroles, avec une joie discrète.
Quand vous ne parvenez plus à vous
recueillir dans la solitude de votre coeur, vous êtes tout entier sur vos
lèvres, et les sons qui s'en échappent ne sont alors que passe-temps et
dérobade.
Et presque tout ce qui éclôt dans votre parole et dans la
pensée est mort-vivant.
Il y a ceux qui, parmi vous, se réfugient dans
les bavardages par peur d'être laissés à eux-mêmes.
Car dans le silence
de leur solitude ils se retrouvent nus et préfèrent se dérober.
Vous
venez à la prière dans la détresse et le besoin.
lors un homme, que l'on
ne voyait dans la cité qu'une fois l'an, s'avança et dit: Parle-nous du
Plaisir.
Le plaisir est un chant de liberté.
C'est l'éclosion de
vos désirs, Mais n'est pas leur fruit.
C'est l'oiseau en cage prenant son
essor, Mais ce n'est pas le vaste ciel où il vole.
Certes, le plaisir est
un chant de liberté.
Et s'il est une chose à laquelle j'aspire, c'est de
vous voir le chanter de tout votre coeur; Pourtant je ne permettrais pas que
vous perdiez votre souffle à le chanter.
Vos jeunes gens, pour la
plupart, recherchent la jouissance comme si c'était tout ce que l'on peut
désirer, et ils sont jugés et réprimandés pour cela.
La jouissance a sept
soeurs, et la moindre d'entre elles dépasse la jouissance encore en
beauté.
Ceux-là devraient plutôt penser à leurs plaisirs de jadis avec
gratitude, comme d'une bonne récolte après l'été.
Toutefois, si cela peut
leur donner bonne conscience d'entretenir le remords, laissez-leur ce
réconfort.
Et il y a, parmi vous, ceux qui ne sont plus assez jeunes pour
se mettre en route et qui ne sont pas encore assez vieux pour en donner le
témoignage, et qui, dans la peur d'entreprendre la quête ou de se la rappeler,
renoncent à tous les plaisirs pour ne pas être accusés d'avoir négligé l'esprit
ou de l'avoir offensé.
Ils retirent néanmoins une satisfaction dans le
fait même d'y renoncer.
Et ils sont de ceux qui trouvent un trésor alors
qu'ils creusaient fébrilement la terre de leurs mains.
Le rossignol
pourrait-il troubler le calme profond de la nuit, et les lucioles
pourraient-elles briller au détriment des étoiles?
Mais comment savoir ce
qui ressurgira demain, de tout ce que nous nous sommes épargnés
aujourd'hui?
Car le corps lui-même sait trop bien ce qui lui échoir et
quels sont ses besoins légitimes et ne se laissera pas illusionner.
Et
tout le plaisir qu'a la fleur de céder à l'abeille ce dont elle fera son
miel.
Et les passionnés disent: " Il n'en est rien, la beauté est chose
redoutable et puissante.
Mais les gaillards disent: " Nous entendons son
cri dans les montagnes, et avec ses clameurs, un martellement de sabots, un
bruissement d'ailes et un rugissement de lion.
Et dans l'étau des
chaleurs d'été les moissonneurs disent: "Nous l'avons vue virevolter avec les
feuilles de l'automne, et nous avons aperçu quelques flocons de neige dans ses
cheveux.
Voilà ce que vous avez dit de la beauté, entre autres
choses.
Mais à chaque fois, vous n'avez pas parlé de la beauté et ne
parliez que de vos désirs insatisfaits.
Et la beauté n'est pas la
satisfaction d'un besoin mais la recherche d'une extase.
Gens
d'Orphalese, la beauté c'est la vie lorsqu'elle se dévoile sous son jour le plus
sacré.
La Beauté est l'éternité lorsqu'elle se contemple en un
miroir.
Et vous êtes cette éternité et aussi ce miroir.
Et il dit:
t'un vieux prêtre dit: Parle-nous de la Religion.
Et n'est-elle pas aussi
dans ce qui n'est ni acte ni pensée, mais le sentiment d'un mystère et sa
révélation toujours renouvelée dans l'âme, même pendant que de nos mains nous
équarrissons la pierre et tissons sur le métier?
Car qui peut séparer la
foi en son coeur des actes de ses mains ou encore, ce qu'il croit de ce qui
l'occupe?
Le vent et le soleil ne feront pas d'accrocs dans sa
peau.
Et celui qui règle chacune de ses conduites en fonction d'une
morale met le rossignol en cage.
Les chants les plus libres ne s'élèvent
pas entre les murs de prisons où derrière des barbelés.
Quand vous aurez
bu au fleuve du silence, alors vous chanterez vraiment.
Et quand vous
serez parvenus au sommet de la montagne, alors commencera enfin votre
ascension.
Que ce jour, ce lieu et l'esprit qui nous a parlé, soient à
jamais consacrés dans notre coeur.
Et il répondit: Est-ce bien moi qui ai
parlé?
Ne me fallait-il pas aussi entendre ce qui a été
dit?
Alors, comme il commençait à descendre les marches du temple, tout
le peuple se mit à le suivre.
Et ayant rejoint son vaisseau, il se tint
sur le pont.
Gens d'Orphalese, le vent me presse de vous
quitter.
Bien que je ne sois pas dans une aussi grande hâte que le vent"
il me faut partir.
Et le soleil pour nous ne se lève pas là où il nous
avait laissé au soir.
Car nous sommes en chemin même lorsque la terre
sommeille.
Nous sommes comme les graines d'une plante vivace et c'est
lorsque notre coeur est le plus mûr et le plus rempli que nous sommes livrés
entre les mains du vent et dispersés sur la terre.
Mon séjour parmi vous
fut bref et davantage le fut mon parler.
Mais dès que ma voix ne
résonnera plus à vos oreilles et que vous n'aurez plus le souvenir de mon amour,
je reviendrai parmi vous.
Et c'est par un coeur plus ouvert et par des
lèvres plus dociles à l'esprit que je parlerai.
Et la mort dût-elle
m'enfouir et le vaste silence devenir mon linceul, je parviendrais jusqu'à vous
pour me faire comprendre.
Et ce n'est pas en vain que j'aurais sollicité
votre écoute.
Car, pour peu que ce que je vous ai dit jusqu'ici soit
vérité, cette vérité se révélera d'une voix plus claire et dans des mots plus
propres à vous rejoindre dans vos pensées.
Je pars avec le vent, gens
d'Orphalese, mais non pas pour me perdre dans le néant.
Et si ce jour
n'est celui de l'accomplissement de tous vos voeux et n'a pas donné la pleine
mesure de mon amour, qu'il soit la promesse d'un jour à venir.
Les voeux
de l'homme peuvent changer, mais son amour ainsi que le désir de voir cet amour
donner satisfaction à ses v~ux restent les mêmes.
Aussi ayez l'assurance
que je ressurgirai du grand silence.
La brume se dissipe à J'aurore,
laissant une rosée sur les terres, avant de s'élever et -- devenue nuée --
retomber en pluie.
A l'étendue de mon silence se joignaient par mille
ruisseaux les rires de vos enfants et par fleuves entiers, l'ardeur de vos
jeunes gens.
C'est le chant dans lequel tous vos chants ne sont que des
frémissements étouffés.
Et c'est en cet homme immense que vous trouverez
votre immensité.
Sa puissance vous attache à la terre, son parfum vous
transporte dans les hauteurs et dans sa pérennité vous êtes immortels.
Il
me faudrait aussi vous dire que vous êtes chacun aussi forts que le maillon le
plus fort.
Et ce serait se faire une idée de la toute-puissance de
l'océan à la légèreté de son écume, que de vous juger à partir de vos faits et
gestes les plus menus.
Il est un printemps qui se love en vous; il a un
sourire sur ses lèvres ensommeillées et ne se laissera offenser par le
doute.
Une lignée d'hommes sages sont venus parmi vous pour vous donner
la sagesse.
Mais moi je suis venu pour que vous me donniez une part de
cette sagesse que vous aviez déjà.
Alors qu'il s'agit de la vie elle-même
qui s'est mise en quête de la vie dans les corps transis par la peur de la
mort.
Voyez plutôt ces montagnes et ces plaines comme un berceau et un
seuil sacré.
Car lorsque je déployais à leur pleine envergure mes ailes
sous le soleil, leur ombre sur la terre dessinait encore une
tortue.
Ayant dit cela, il se retourna vers le pilote du navire, qui se
tenait déjà à la barre, et dont le regard se fixait tantôt sur les voiles
gonflées par le vent et tantôt sur le grand large.
Et si cela ne suffit
pas, alors nous devrons nous retrouver et tendre tous ensemble nos mains vers
Celui qui est la source de tous les dons.
N'oubliez pas que je vous
reviendrai.
Avant longtemps, lors d'une brève accalmie de tous les vents,
une autre femme me donnera naissance.
Je vous fais mes adieux ainsi
qu'aux jeunes années que j'ai passées avec vous.
Il me semble que c'était
à peine hier que nous avons fait cette rencontre dans un rêve.
Vous avez
alors élevé vos chants autour de ma solitude, et de vos aspirations j'ai façonné
une tour dans le ciel.
Mais aujourd'hui notre sommeil a été troublé et
notre rêve s'achève, ce n'est plus l'aube.
Le flux de la lumière est sur
nous, notre conscience vaporeuse est devenue un jour éclatant et il est temps de
nous séparer.
Peut-être nous sera-t-il donné de nous rencontrer une fois
de plus dans les franges crépusculaires de la mémoire.
Alors nous
parlerons de nouveau et ce chant que vous me ferez entendre sera plus
profond.
Et quand nos mains se joindront encore une fois dans le rêve de
se réunir, ce sera de nouveau pour construire tous ensemble une tour dans le
ciel.
Comme il disait cela, il fit signe aux marins; et ayant aussitôt
levé l'ancre et dégagé le navire de ses amarres, ils remontèrent vers
l'Est.
Alors un cri s'éleva comme d'un même coeur et s'élança dans le
crépuscule pour aller résonner sur l'étendue de la mer, comme une trompe de
brume.
Seule Almitra restait silencieuse, qui cherchait à ne pas perdre
de vue la forme évanescente du navire dans le lointain.
" Avant
longtemps, lors d'une brève accalmie de tous les vents, une autre femme me
donnera naissance.
Il est fortement conseillé de le passer gratuitement à
vos amis intéressés.
Si vous voulez le vendre, le mettre sur votre site
ou le donner en cadeau avec un de vos produits, écrivez-nous pour obtenir une
autorisation.
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